 |
Les premiers habitants du Cameroun furent probablement
les Baka, également appelés pygmées. Ils habitent toujours les forêts des
provinces du sud et de l'est.
Ier millénaire av. J.-C. : la zone couvrant le sud-ouest de l`actuel
Cameroun et le sud-est du Nigeria aurait été le berceau des peuples bantous.
Le premier contact avec les européens serait survenu lors du périple du
Carthaginois Hannon qui, selon la légende, au Ve siècle av. J.-C., aurait
atteint le Mont Cameroun qu'il baptisa le « Char des Dieux »[réf.
nécessaire]. En 1472, les marins du Portugais Fernando Pó entrent dans
l'estuaire du Wouri, s'extasient devant l'abondance des crevettes dans le
cours d'eau qu'ils appellent aussitôt Río dos Camarões, d'où le nom actuel
de Cameroun.
Après les Portugais viennent les Néerlandais puis les Allemands. Après les
contacts avec les européens débutent des échanges commerciaux, y compris la
traite négrière, l'introduction du christianisme et le démantèlement
progressif de l'organisation politique existante (comme le Royaume Bamoun).
Les Allemands perdent leur colonie en raison de leur défaite lors de la
Grande Guerre, en 1918 : la Société Des Nations confie la partie orientale à
la France, et la zone occidentale au Royaume-Uni. Chacun de ces deux pays
imprimera sa marque à « son » Cameroun, la France adoptant la politique de
l'assimilation et le Royaume-Uni celle de l'indirect rule.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le mouvement de l'UPC (Union des
Populations du Cameroun créée le 10 avril 1948 à Douala par le groupe des
douze) revendique l'indépendance et la réunification avant d'être interdit
puis lourdement réprimé par le pouvoir colonial français, conduisant à de
véritables massacres en pays Bassa et en pays Bamileke. L'indépendance de la
zone française est proclamée le 1er janvier 1960 et la réunification a lieu
l'année suivante avec la partie sud de la zone britannique. Il s'ensuit une
période de violente répression contre le mouvement de l'U.P.C., et l'ALNK,
son « Armée de libération nationale Kamerounaise », par le nouveau
gouvernement avec l'assistance de la France, qui durera jusqu'à la fin des
années 1960 [1]. Le 20 mai 1972, un référendum conduit à un État unitaire et
met fin au fédéralisme.
La colonisation française
Le traité de Versailles (1919), qui fixait les conditions de la paix,
entérina le partage franco-britannique du Kamerun, mais le Cameroun français
ou oriental cessa en 1922 d'être une colonie française pour devenir un
«territoire sous mandat de la Société des Nations» confié à la France. Dans
les faits, le Cameroun français (les quatre cinquièmes du territoire) fut
administré comme une colonie française ordinaire et le Cameroun britannique
ou occidental (le cinquième du territoire) fut intégré au Nigeria en tant
que colonie anglaise. Chacun des colonisateurs marqua «son» Cameroun de son
empreinte en imposant soit l'anglais soit le français.
Au Cameroun britannique, l'anglais n'était en général pas beaucoup pratiqué,
car les les écoles de missions préféraient les langues africaines.
Cependant, les Français pratiquèrent dans l'ensemble une assimilation plus
«efficace», car l'enseignement des langues africaines fut expressément
interdite, contrairement au Cameroun anglais où elles furent même enseignées
dans les missions chrétiennes. Les Britanniques divisèrent «leur» Cameroun
en deux parties, chacune régie par une administration différente. La partie
nord du Cameroun britannique, le Northern Cameroons, fut rattachée au
Nigeria septentrional, alors que la partie sud, le Southern Cameroons, fut
intégrée au Nigeria oriental. Le Nord était peuplé de Bamilékés musulmans,
alors que le Sud était habité par les Peuls chrétiens ou animistes. Les
populations du Nord choisirent de rester nigérianes, tandis que les
habitants du Sud, demandèrent leur rattachement au Cameroun français.
La situation fut toute autre au Cameroun français. La France veilla à
supprimer toutes les traces de la colonisation allemande pour s'attacher les
populations: elle acheva la construction du chemin de fer Douala-Yaoundé,
étendit le réseau routier, reprit l'exploitation des grandes plantations
allemandes et favorisa l'émergence d'une classe de planteurs «indigènes».
Plusieurs décrets (1er octobre 1920, 20 décembre 1920 et 26 décembre 1924)
rendirent obligatoire l'enseignement en langue française et interdirent
l'utilisation des langues locales dans le système éducatif (Journal officiel
de l'État du Cameroun, 1924): «La langue française est la seule en usage
dans les écoles. Il est interdit aux maîtres de se servir avec leurs élèves
des idiomes du pays.» On peut également rapporter cette directive de Jules
Carde (1921), haut-commissaire de la République française au Cameroun,
précisant à ses chefs de circonscription l'objectif de la politique
linguistique de la France dans la colonie:
L'indépendance
Lors du plébiscite du 11 février 1961, une partie du Cameroun britannique,
le Northern Cameroons opta pour le rattachement à la fédération nigériane,
tandis que le Southern Cameroons se prononça pour le rattachement au
Cameroun français, formant alors la République fédérale du Cameroun. Le
Cameroun français prit le français comme langue officielle; le Cameroun
anglais choisit l'anglais.
Cependant, sous la présidence d'Ahmadou Ahidjo, le pouvoir central se
renforça progressivement et Ahidjo imposa un régime autoritaire à parti
unique. Le Sud bamiléké et chrétien fut au cœur d’une violente agitation
contre le régime dominé par le président Ahmadou Ahidjo, un homme du Nord et
un Peul musulman. En 1972, le président Ahidjo organisa un référendum qui
abolissait le fédéralisme et constituait une république centralisée et
divisée en 10 provinces administratives, au grand désespoir des anglophones
(environ 20 % de la population). La République unie du Cameroun compta huit
provinces de langue française et deux de langue anglaise (voir la carte).
Les écoles des provinces «françaises» continuèrent d'enseigner le français,
les provinces «anglaises», l'anglais. À la fin des années soixante-dix, un
alphabet général des langues camerounaises fut adopté par les linguistes.
En 1982, le président Ahidjo céda le pouvoir pour des raisons de santé à son
premier ministre, Paul Biya, un chrétien du Sud d'origine béti, qui continua
à régner de façon tout aussi autoritaire. En 1983, Biya a décidé de modifier
au baccalauréat anglophone le GCE, le General Certificate of Education, en y
incluant le français comme matière obligatoire, alors que l’anglais ne
l'était pas pour le baccalauréat francophone. Cette décision présidentielle
a déclenché une grève des étudiants anglophones qui brandissaient des
pancartes sur lesquelles on pouvait lire: «Le Cameroun dispose de deux
cultures : non à l’assimilation!» Rien n'y fit! En février 1984, le
président Biya supprima par un simple règlement l’adjectif «unie» associé au
nom du pays qui devint officiellement la République du Cameroun. Pour les
responsables des mouvements anglophones, cette modification constitua une
véritable attaque à leur égard, alors qu'ils réclamaient même la
reconnaissance constitutionnelle de leur identité anglophone avec notamment
le retour à la fédération. À la même époque, le gouvernement autorisa
certaines écoles à enseigner des langues camerounaises titre expérimental.
On comptait 11 écoles expérimentales en 1986.
En 1990, le gouvernement refusa de légaliser un parti anglophone, le Front
démocratique social (ou Social Democratic Front, le SDF), ce qui eut pour
résultat de provoquer des manifestations dans le Nord-Ouest du pays. Le SDF
transforma la région anglophone en véritable foyer de rébellion ouverte en
organisant
plusieurs confrontations avec le pouvoir, en particulier pendant
l’opération «villes mortes» de 1991. Depuis cette époque, le mouvement
sécessionniste anglophone, le Southern Cameroon National Council (SCNC),
représentant les 6,2 millions d'habitants des deux provinces anglaises,
militent pour obtenir un référendum sur la question de leur droit à
l'autodétermination. Évidemment, cette démarche a débouché sur un «climat
politique hostile» et «des intimidations pratiquées par le régime répressif
de Yaoundé». Certains observateurs croient que ce sont les régimes
répressifs d'Ahidjo et de Biya qui auraient poussé les ressortissants du
Cameroun oriental dans «une logique de rupture».
Beaucoup de nationalistes anglophones estiment que l'État unitaire créé en
1972 est illégal parce qu'il aurait été en violation avec la Constitution
fédérale du 1er septembre 1961. Les anglophones croient que le seul moyen
approprié de réparer les torts infligés au «Cameroun anglophone» est le
retour à la forme d'un gouvernement fédéral qui prenne en compte la dualité
culturelle du Cameroun. Pour sa part, le Conservative Republican Party (CRP)
propose une fédération de dix États calqués sur les dix provinces actuelles.
Ces États devraient être officiellement unilingues (français ou anglais), le
bilinguisme n'étant exigé que pour le gouvernement fédéral; il préconise
également que la république du Cameroun soit rebaptisée République unie du
Cameroun. Or, depuis une bonne décennie, les deux provinces anglophones sont
bouclées par l'armée camerounaise, les francophones craignant que les
anglophones ne «filent à l'anglaise». Plus que jamais, les anglophones de
l’ancien condominium franco-anglais se considèrent comme des citoyens de
seconde zone et réclament un Cameroun fédéral. Toutefois, le gouvernement de
Paul Biya a préféré ignorer le problème, diviser les anglophones et accuser
leur mouvement de rechercher la sécession de la région; le gouvernement
prétendit que le maintien d'un État fédéral serait trop coûteux et
encouragea les mouvements autonomistes sécessionnistes, assimilant
fédéralisme et sécession. Évidemment, la guérilla déclenchée par les
militants du SDF (Social Democratic Front) souleva beaucoup d'inquiétudes,
car les drames libériens, rwandais ou somaliens sont restés encore frais
dans les mémoires.
Le Cameroun est aujourd'hui un État «moyen» en Afrique et ses légères
avancées en démocratie montrent qu'il y a encore beaucoup de chemin à
parcourir, et ce, d'autant plus que la corruption du pouvoir demeure une
gangrène difficile à faire disparaître. Cependant, sa situation géographique
au centre du continent, son bilinguisme anglais-français et son niveau de
développement lui donnent un poids relativement important en Afrique.
|
 |